La critique est aisée mais l'Art est difficile

LES ENLUMINURES DU PSAUTIER DE SAINT-LOUIS

à Klorose, Laluna et madame Gaborit (une médiéviste de talent), qui n’est plus parmi nous..

 

 

 

Peint par Le Greco 

Louis IX naît en 1214 à Poissy et meurt de la peste à Tunis en 1270, lors de la seconde croisade.

 Il ne fut pas seulement un vaillant chevalier, mais aussi un prud’homme, c’est-à-dire un excellent chrétien.

Il obtint entre 1239-40, de l’empereur de Byzance, la translation de la couronne d’épines et d’un morceau de la vraie croix…

En 1243, il fit construite la Sainte Chapelle pour y abriter les saintes reliques. Une consécration solennelle eut lieu en 1248.

 

 

 La chapelle basse, massive, à 3 nefs, avec des voûtes surbaissées qui retombent sur des piliers intermédiaires

 (polychrome du XIXème) raccordés aux murs par des arcs-boutants, créant ainsi un soubassement solide à la chapelle haute.

 Le plafont est peint d’un bleu étoilé.

 

Il sera canonisé en 1297, ce qui confère au psautier dit de Saint-Louis, un caractère de quasi relique.

Ce psautier est conservé à la Bibliothèque nationale de Paris,enfermé dans un coffre, tel un précieux bijou. 

 

Ce magnifique ouvrage mesure : 21 x 14,5 cm et ne peut être daté avec précision,par certains recoupement,

 entre les années 1258 et 1270. Sa chemise est de soie bleue, brodée de fleurs de lys d’or, doublée d’un taffetas rouge.

 Il est répertorié à la Bibliothèque nationale de France : Département des Manuscrits Latin 10525.  

 

Sa réalisation demanda au minimum, douze mois de travail aux parcheminiers, enlumineurs et copistes.

UN PSAUTIER : 

un livre contenant les 150 psaumes de David, les psaumes étant des poémes sacrés, hébreux,

lus soit lors de célébrations religieuses, soit à certains moments de la journée ou de la nuit.

 

SA COMPOSITION : 

dans son état actuel, il se compose de 260 feuillets, de beau parchemin très blanc(chevreau), de petit format : 210 mm x 148 mm.

Ces feuillets ont été pliés de façon a former des cahiers, de telle sorte qu’en ouvrant le volume, le lecteur découvre toujours,

 à la fois ou bien deux peintures,ici :  les prêtres israélites sonnent  les trompettes du jubilé

et les remparts de Jéricho s’effondrent, la ville est alors prise d’assaut par Josué

et ses hommes qui passent les défenseurs au fil de l’épée.

 en regard l’une de l’autre, ou bien deux légendes en français, qui ont été écrites par un scribe

 au revers de l’enluminure, probablement juste avant leur exécution. 

On y trouve sucessivement, 78 peintures à pleine page,

 consacrées à divers épisodes de l’Ancien Testament/: 28 illustrent la Genèse, 8 l’Exode, 3 les Nombres, 7 le livre de Josué,

20 les Juges, 12 le premier livre des rois. Ces peintures sont groupées en petits cycles iconographiques indépendants,

 centrés autour d’un certain nombre de grandes figures bibliques. Les patriarches, les prophétes,

 les juges et les rois y tiennent naturellement la place la plus importante. Ainsi sont contées par l’image,

 les histoires de Caïn et Abel, de Noé, d’Abraham, de Joseph (le cycle qui lui est consacré est exceptionnellement développé,

 de Moïse, de Josué, de Samson…… 

Après les peintures (les enluminures sont dorées à la feuille d’or 22 carats), 

vient un calendrier particulièrement révélateur, on y a relevé les anniversaires de décès des plus proches

et intimes parents de Saint Louis, l’obit (le service anniversaire célébré pour le repos de l’âme d’un mort) de Philippe Auguste, son grand père, y est porté au 14 juillet; celui de Louis VIII, son père au 8 novembre…

Ce calendrier nous indique également les fêtes particulièrement chères au coeur du roi,

comme la dédicace de la Sainte Chapelle, la translation des reliques de la Passion et celle de la Couronne d’épines,

 pour lesquelles Saint Louis avait fait construire la Sainte Chapelle. "C’est là, en effet au coeut de Paris,

et non pas à Saint-Denis ou à Notre-Dame, que Louis IX souhaite entreposer les reliques

qu’il vient d’acquérir auprès de l’empereur de Constantinople. 

Après le calendrier vient le texte en latin des psaumes, illustré de grandes initiales historiées,

 un certain nombre de prières terminent enfin le manuscrit.

SON ITINERAIRE : 

Le roi l’offrit à son fils Philippe II, qui le transmis à son ainé,

 puis il arriva entre les mains de la femme de Charles IV, Jeanne d’Evreux, qui le concéda à Charles V en 1369 . 

Le précieux manuscrit est alors entreposé dans le donjon de Vincennes, où sont gardés tous les trésors de la Bibliothéque royale. 

On le retrouve ensuite entre les mains de Charles VI et enfin auprès de sa fille Marie de France, religieuse à Poissy en 1400.

Ensuite, plus rien, il faudra attendre 1818 pour le localiser en Russie,

 propriété du grand duc Michel Galitzin, frére et écuyer du tsar.

Il en fera don, sur la suggestion du comte de Noailles, ambassadeur de France, à Louis XVIII.

 Il fut déposé en 1852, sous le Second Empire, au Musée des Souverains et le psautier trouva enfin sa place,

en 1872, au Cabinet des Manuscrits de la Bibliothéque nationale de France. 

Malgré ses péripéthies, le Psautier, véritable Bible en images est très bien conservé,

 même si certaines images ont  disparues. Les 78 tableaux restants sont remarquablement conservés.

 Les couleurs sont d’une exceptionnelle luminosité (il est à l’abri de la lumière dans un coffre fort).

 Il bénéficie d’un éclairage  de 50 lux, afin d’éviter que le parchemin ne se rétracte et que l’or ne se craquelle.  

 

les trompettes de Jéricho : le son qui s’échappe des trompettes est symbolisé par des lignes ondulées, rouges (ondes sonores).

 

 

L’envers de l’enluminure est toujours vierge, sans doute en raison des légères boursouflures

que provoque malgré la solidité du support, l’apprêt très épais qui reçoit les vastes fonds d’or en feuille.  

 

la nativité et l’annonce aux bergers  

 

Adam et Eve chassés du Paradis 

le calcul du calendrier

Un clerc, un astronaume muni d’un astrolabe et un computible établissent le calendrier liturgique de l’année   

Le songe de Jacob 

 

 LE STYLE : 

les personnages sont élancés et graciles et les hommes ne ressemblent guère

à de farouches guerriers ou héros de l’Ancien Testament.

Jepté

La partie supérieure de l’image est toujours réservée à un décor architectural,

conformément à une très ancienne tradition de l’enluminure médiévale.

Il est très élaboré et représente la partie supérieure d’une nef d’église, aperçue de l’extérieur.

 Elle est dessinée dans le sens de la longueur et coupée transversalement par deux gâbles en ogive,

 perçé chacun, d’une rose de cathédrale gothique,  

 

plus ou moins compliquée. Trois minces colonettes à chapiteaux soutiennent la retombée des arcs,

 délimitant le contour extérieur des gâbles, elles découpent ainsi l’espace laissé libre, en dessous du décor,

 en deux sections verticales dont chacune est le plus souvent, réservée à un épisode différent d’un même cycle iconographique.

Louis Joseph et la femme de Putiphar 

 

Les scènes se détachent sur de superbes fonds d’or bruni (c’est-à-dire, brillant) 

auquel 7 siècles n’ont rien fait  perdre de leur éclat.

le serviteur et Rebecca 

Juste au dessus des arcatures, les fonds d’or sont frangés d’une bordure irrégulière,

 bleue et blanche, dont le nuageux contour symbolise le ciel.  

 

l’arche de Noë et Abraham

 

LES LETTRINES  

 

Les lettrines historiées au nombre de 8, ouvrent les sept sections de psaumes. Celle-çi figure dans le psaume 52.

LES ENCADREMENTS : 

 

présentent de délicats rinceaux et aux angles dans les écoinçons carrés, des fleurs.

Ils sont variés, et comme les enluminures n’ont pas été exécutés par une seule main,

mais par 3, voire 4 mains différentes, ce qui était fréquent sur les manuscrits médiévaux

 et n’altère en rien l’homogénéité de l’ouvrage.

 

Samson et Dalila  

 

LES COULEURS :

A côté des "classiques" rouge et bleu profonds apparaissent des bleu gris, des roses plus pâles,

 des dégradés de couleur pour exprimer le modelé des draperies, des roses violacées pour les vêtements,

si caractéristiques de l’enluminure française de la seconde moitié du XIIIème siècle, ainsi que des verts tendres,

couleurs que l’on retrouvera dans les vitraux.

L’arche de Noé : le retour de la colombe

Moïse sauvé des eaux – Le buisson ardent

 

le rêve est représenté par les objets qui volent au-dessus du personnage endormi,

qui bien que déshabillé a gardé son chapeau, on le reconnait de l’autre côté, le jour, il n’y a plus de lune ni de ciel étoilé.

Psautier de la reine Ingeburge : (première épouse du roi Philippe Auguste.)

Il a du être réalisé entre 1194 et 1210, sa hauteur est de 30 cm et les peintures sont sur parchemin, conservation :

Musée Condé de Chantilly. Saint Louis "y apprit à lire en son enfance".

Au moins deux maitres y ont oeuvrés, style tout à fait différent du psautier de Saint Louis,

ou les formes étaient élançées, ici, on retrouve la souplesse et les "vallonées" typiques au style 1200;

à la recherche d’une expression plus affirmée des figures.Les drapés retombent en plis souples,

 les visages sont d’une noblesse presque antique; les chevelures et les barbes plus soignées. 

Alors que quelques années plus tard, dans le psautier de Saint-Louis :

les personnages sont élancés, graciles, faisant souvent penser à des danseurs,

plutôt qu’à des héros ou héroïnes de l’Ancien Testament.

 

 

Jepthé rentrant de la bataille et rencontrant sa fille :

 "cette scène provenant d’un manuscrit de luxe enluminé pour le roi Louis IX,

 est encadrée d’arcatures empruntées au style parisien rayonnant de l’époque. (la Sainte-Chapelle à Paris,….)

 Peinte en pleine page, la composition forme un petit tableau qui relève presque entièrement de la technique picturale

 (influencée par la peinture murale) ; l’artiste a disposé ses teintes en trois phases : d’abord la teinte de base,

puis les ombres, enfin les couleurs brillantes qu’il a mélangées aux ombres pour créer le modelé.

Les enluminures suivent le gothique architectural de l’époque, même recherche de la verticalité.

Les physionomies s’animent, les lèvres s’incurvent, tantôt en sourire, tantôt en rictus;

les pommettes se colorent, on représente avec plus de détail les chevelures.

 

La Bibliothéque nationale de France conserve peu de volumes plus précieux

et plus célèbres que le psautier dit "de saint Louis".

 

 

 Ce billet a certainement été celui qui est resté le plus longtemps dans ma "chemise brouillon",

 depuis début avril!!! J’avais dédié une enluminure en avant première à Klorose

et je vous livre aujourd’hui ce joyau de l’enluminure française.

 

Les amateurs d’

 

 trouveront dans l’album photo quelques enluminures de différents pays et de différentes époques, comme :

 

 

ou

 ou

ou 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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3 Réponses

  1. ♥ ♫ ♥ Nad'Ouche

    Magnifique, grandiose, que de travail, et toutes ces enluminures, c\’est notre histoire, notre passé quand on y réfléchit c\’est extraordinaire. Bonnes vacances à toi.

    10 septembre 2006 à 18:56

  2. Edith

    quelle surprise, tout fonctionne,  l\’autre jour je voulais te laisser un commentaire pas moyen j\’étais très déçu..quelle merveille ce psautier, j\’ai lu et relu admiré toutes ces belles pages, ces enluminures je m\’imaginais les  moines et autres entrain de créer ces chefs-d\’oeuvre…et que de travail pour toi qui nous ravits toujours, moi j\’aime lire l\’histoire et la naissance de ces livres et celles aussi de nos rois et autres, mais comme je te l\’ai dit rien ne reste dans ma petite tête et je le déplore…merci harmony de me permettre de voir et revoir ces beautés…je me souviens que ma grand\’mère avait un petit livre de psaumes, illustré ainsi, mais qu\’es-t-il devenu je ne sais pas mais c\’était un petit bijou elle le tenait de sa grand\’mère…peut etre est-il encore dans la famille mais je ne sais pas tous ont pratiquement disparu..
    ces derniers temps j\’avais vraiment du mal à mettre des commentaires, et là c\’est formidable…la poisse continu à me suivre je suis à nouveau mal en point mais cette fois ci ce sont les champignons qui sont cause d\’une intoxiquation p ourtant mon mari les connais très très bien, ….je suis triste aussi de te savoir fibromyalgique et j\’admire encore plus ton travail , ton courage d\’avoir repris des études et de tout le bonheur que tu nous donnes alors que quelquefois tu dois avoir de très grandes douleurs…bravo mon amie tu es formidable tout comme mon petit papillon, danièle, fleur de lotus et toutes les autres qui se battent pour faire reconnaître cette maladie…je te souhaite de très agréables vacances, repose toi et reviens nous avec plein d\’idées nouvelles..toutes mes condoléances pour le deuil qui te frappe moi aussi j\’en connais un demain on enterre mon neveu de 56 ans crise cardiage, la vie est cruelle quelquefois…je n\’ai pas encore eu le temps d\’aller voir "ton bébé" mais je n\’y manquerai pas, je suis souvent déconnectée d\’internet ah la live quel modernisme…bisous à toi et bonne vacances   klorose   maudalie n\’est toujours pas revenue elle est dans sa maison du sud ouest….

    10 septembre 2006 à 18:39

  3. Chrysalis'

    Et bien ce fut certainement un très long travail de recherche…mais comme tu le sais et je vais être franc, ces thèmes ne m\’attirent guère, bien que j\’en apprécie la qualité.
    J\’ai tout de même remarqué une peinture du Greco en tout début de billet…Idem pour les thèmes abordés mais j\’aime le côté "allongé" de ses personnages leur donnant quelque chose de l\’ordre de la mélancolie et de l\’obscur…beaucoup dans les couleurs aussi…j\’aime cette ambiance.
    Bonnes vacances ma belle et repose-toi pour revenir en forme t\’occuper de tes "bébés", car 3 triplettes d\’un coup !! ça en fait du monde à gérer en plus du premier !
    Bises !!!!

    8 septembre 2006 à 20:35

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