La critique est aisée mais l'Art est difficile

Aragon le « Fou d’Elsa » et le moulin beau et extraordinairement romantique

 

 

 

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

"J’aime la poésie, 

J’aime les poétes,

Prévert

Aragon

             Lamartine…… 

 

Elle a sa place sur les Art" 

 

 

 

 

Les Yeux d’Elsa

 

Tes yeux sont si profonds qu’en me penchant pour boire
J’ai vu tous les soleils y venir se mirer
S’y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j’y perds la mémoire

A l’ombre des oiseaux c’est l’océan troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L’été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n’est jamais bleu comme il l’est sur les blés

Les vents chassent en vain les chagrins de l’azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu’une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d’après la pluie
Le verre n’est jamais si bleu qu’à sa brisure

Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée
Sept glaives ont percé le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L’iris troué de noir plus bleu d’être endeuillé

Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche
Par où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le coeur battant ils virent tous les trois
Le manteau de Marie accroché dans la crèche

Une bouche suffit au mois de Mai des mots
Pour toutes les chansons et pour tous les hélas
Trop peu d’un firmament pour des millions d’astres
Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux

L’enfant accaparé par les belles images
Écarquille les siens moins démesurément
Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l’averse ouvre des fleurs sauvages

Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où
Des insectes défont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des étoiles filantes
Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d’août

J’ai retiré ce radium de la pechblende
Et j’ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
Ô paradis cent fois retrouvé reperdu
Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes

Il advint qu’un beau soir l’univers se brisa
Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent
Moi je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d’Elsa les yeux d’Elsa les yeux d’Elsa

Louis Aragon

 

Louis Aragon

 Paris le 3 octobre 1897 – 24 décembre 1982.  
 

 

«ELSA» de 1959

  Elsa ou la rose

Je cueillerai pour toi une rose
Fraîche
Et belle comme le jour
Tu en arracheras ainsi les épines
Les épines et les regrets
Larmes d’une vie impensable sans toi

Immortelle
Et rare
Je l’appellerai Elsa
En souvenir éternel de tes yeux qui narrent
Un futur où nous ne serons qu’un…
Alchimie et fusion de nos corps
Enfin réunis

Nos œuvres se croisent
Se recherchent
Et dans la rose du point du jour se retrouvent
Pour s’aimer follement
Intensément
À travers un baume léger
Et enivrant

Les yeux crevés je verrais encore ton règne
À travers mon existence
Dans mes rêves et
Mes cris
Parfois presque inaudibles…
Je veux être l’eau qui t’abreuve
Et le sang rouge et violent de tes veines

Je resterai à jamais le troubadour qui te chante
Rose parmi les roses
Elsa dont le prénom seul m’enchante
Et me rend à la vie.

 

 

 

Elsa Triolet

née Elsa Kagan, est une écrivaine française d’origine russe 

 12 septembre 1896 à Moscou – 16 juin 1970 à Saint-Arnoult-en-Yvelines.

 

 

 

 

Elle rencontre Louis Aragon en 1928 à Paris, au café "La Coupole",

fréquenté par beaucoup d’artistes, et devient sa muse.

 

 

C’est le début d’un mythe largement mis en scène par ses protagonistes..    

 Dans les années trente,

 elle fabrique des colliers pour la Haute Couture et

 écrit des reportages pour des journaux russes;

 elle traduit également des auteurs russes et français.

Elle commence à écrire un premier roman en français,

 Bonsoir, Thérèse,

 en 1938.

Elle se marie avec Aragon le 28 février 1939. 

 

    

56, Rue de Varenne, Dernière demeure du couple 

 

 

 

 

 

Aragon repose aux côtés d’Elsa dans leur propriété, à Saint-Arnoult dans les Yvelines.

  La mort d’Elsa si elle désarçonna Aragon, n’altèra en rien son credo :

assimiler l’écriture à une quête de soi. 

 

  

 

Un moulin "beau et extraordinairement romantique"

Il s’agit d’un ancien moulin à eau,

 qu’entourent six hectares de bois et prairies traversées par une petite rivière, la Remade.

L’implantation du moulin sur le site remonte  au XII ou XIIIe siècle,

 mais les bâtiments actuels sont des XVIII et XIXe siècles. 

Le moulin resta en activité jusque environ 1900.

Aragon l’offrit à Elsa en 1951, il voulait que la déracinée de Moscou appartint

"un petit coin de terre de France".  

Le moulin devint une maison de week-ends, de vacances et de longues périodes d’écriture.

La cage de la roue reçoit toujours la chute d’eau même si la roue a disparu.

 Aragon adorait ouvrir la vanne et libérer les eaux dans la cage pour l’étonnement des visiteurs

qui contemplaient la cascade derrière la vitre de l’oculus

 

 

 

Edmonde Charles Roux témoigne :

"Les Aragon quittaient Paris et prenaient le chemin de Saint-Arnoult

lorsqu’ils voueaient être laissés seuls.

 Mais il arrivait parfois, aux derniers jours de l’été,

 ou quand ils souhaitaient célèbrer la parution d’un de leurs ouvrages, qu’Aragon

ou Elsa battent le rappel de leurs amis. Alors les portes du moulin s’ouvraient toutes grandes

à des gens venus de partout, des étangers,

des auteurs célèbres et de jeunes écrivains français auxquels Elsa et Aragon

accordaient leur soutien, des peintres, des comédiens et des metteurs en scène."  

 

 

 

 

 

A chaque arrivée pour le week-end, Aragon apportait des brassées de livres

qu’il plaçait à la diable,  il se disait submergé par « la marée du papier ».

Aragon s’installait en pantoufles et veste d’appartement dans son vieux fauteuil de cuir usé

et se mettait à lire ou à écrire.

Ernest avait allumé un feu dans la cheminée. C’est dans cette atmosphère feutrée,

 à la lumière de la lampe de bureau que furent écrites

quelques unes des plus fameuses pages d’Aragon.

 Aragon était entouré d’objets familiers,

de souvenirs divers rapportés de voyage et d’une lithographie sur le tablier de la cheminée

 dédicacée par Picasso.

 

 

   BUREAU D’ ELSA

 

Tant de personnages d’Elsa ont pris naissance dans ce bureau porteur de tous les signes

 d’une présence de l’écrivain à peine estompée par le temps : le poële en faïence blanc,

 le fauteuil de repos près de la fenêtre, les livres qui sont demeurés sur la table de travail.

Tout ici évoque Elsa rêvant, écrivant, Elsa chez elle, au plus intime de la vie.

Les murs bleus du bureau affirment l’appartenance d’Elsa à la culture russe.

 La traductrice du théâtre de Tchekov, des textes de Gogol,

 sur le mur de droite, une série d’icônes. 

 

 

 

 

 C’est dans cette chambre,

 dans ce lit que foudroyée par une crise cardiaque Elsa s’est éteinte

 dans les bras d’Aragon.

Tout ici porte profondément sa marque, sur la coiffeuse,

 les pelotes à épingles d’origine russe, en forme de chevaux.

 Le lit tient une place majeure et sur la cheminée,de part et d’autre de la glace,

deux lampes de wagon-lit.  

 

 

   

 Le goût raffiné d’Elsa sut faire de ce salon

 un lieu parfait.

 L’immense table et ses deux bancs accueillirent ici d’innombrables ami;

 Les hautes bibliothèques qui habillent les murs furent installées par les deux écrivains.

Elles abritent les collections étrangères et les livres d’art,

 la bibliothèque à côté du piano recelant, elle, les livres roses de l’enfant Aragon.

 Elsa eut recours à des vanneries d’origine extrême-orientale qui voisinent

 avec deux tables de boucher dont elle lança la mode dans les années cinquante.

Aragon allumait, en hiver, un feu d’enfer dans la cheminée,

Elsa s’enveloppait dans son grand châle,

croisait les mains sous son menton et commençaient alors

 ces échanges précieux dont les amis gardent le souvenir,

 avec les moments d’impatience d’Elsa agacée par la marche incessante, de long en large,

de Louis.

 

 

 

 

La cuisine  à Saint-Arnout,

 le moulin de Villeneuve est un lieu de mémoire littéraire et poétique.

Dans la maison restée intacte depuis la mort d’Elsa,

 l’on pourrait croire que le couple d’écrivains vient de sortir pour un instant.

Le moulin n’est pas simplement un musée, il est aussi, selon le voeu d’Aragon,

un lieu vivant, ouvert à la recherche et à la création contemporaine.

 

 

 

Situé au coeur de la Vallée de la Remarde,

 Le parc du moulin est une succession de prairies, bois et sous-bois à l’atmosphère humide,

son authenticité est renforcée par la préence d’une végétation spontanée,

 le cresson, les saules, joncs, iris des marais,

menthe et myosotis d’eau s’adaptent parfaitement à l’humidité des lieux.

 

Le tombeau

 

 

C’est entre deux hêtres, aujourd’hui tombés, que Elsa souhaitait être inhumée, 

là où le parc laisse dévoiler tous ses charmes, Aragon la rejoindra douze ans plus tard.

En 2003, les abords du tombeau furent aménagés pour créer un écrin de verdure

 autour des deux écrivains.

Les arbustes s’enchevêtrent et le camélia rappelle le romantisme de leur histoire d’amour.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

 
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6 Réponses

  1. ✿ B ✿

    coucou
    je suis contente de te revoir dans mon bloggy
    tres beau billet je vais bien
    je suis aller en turquie cette été j\’etais a ozdéré
    bisous a biento
    betty boop

    18 juillet 2007 à 08:37

  2. Mona

    Bonjour Harmony, je reviens de vacances… et je vais passer tout l\’été dans ma savane et c\’est donc encore les vacances pour moi !
    Je préfère fuir Paris et l\’appartement pour retrouver l\’herbe et les fleurs…
    J\’aime comme tu nous fais revivre Aragon et Elsa, tu es toujours aussi magique !
    Je reviendrai aussi pour lire ton article du 14 juillet, je l\’ai parcouru et c\’est vraiment très riche en documentations et illustrations.
    Passe une excellente journée, je t\’embrasse, à bientôt !
    Mona

    18 juillet 2007 à 08:28

  3. nathalie

    coucou,
    me voici de retour après une longue absence sur vos blogs.
    j\’ai fait une petite pause de quelques mois sur mon blog parce que j\’en avais marre, et pour ne pas le supprimer une amie m\’a conseillé de m\’éloigner un peu pour mieux recommencer par la suite.
    je t\’envois de très gros bisous et te dit à très bientôt
    nanou

    17 juillet 2007 à 11:11

  4. Allison

    Un petit bonjour pour te souhaiter une belle journée  ensoleillée et te faire un gros bisou, aussi te souhaiter de bonnes vancances!
    Linali

    17 juillet 2007 à 07:19

  5. Oiseau des iles

    Bonjour de Tahiti
    Merci pour ton passage chez moi et pour le com. C\’est très gentil.
    Comme je te l\’avais déjà dit (je crois),  j\’ai demandé à mes visiteurs les plus "assidus" s\’ils avaient des problèmes pour lire mes vidéos. Ils ont tous répondus qu\’ils n\’avaient aucun problème. Après avoir lu ton com, Je viens juste de demander encore à deux copains de France : pas de problème non plus. Ceci démontre que le problème ne vient pas de mon côté. Il serait peut-être bon que tu installes (ou réinstalles) la  dernière version de Windows Media Player. Si tu as Winwows XP, voici le lien pour le télécharger : http://www.microsoft.com/windows/windowsmedia/fr/mp10/
    J\’espère qu\’après tu n\’auras plus de problème ! et que tu pourras savourer mes vidéos !
    Quant à moi j\’ai savouré ton billet. Beaux textes !
    Je te fais de grosses bises
    Jean-Marc

    16 juillet 2007 à 22:34

  6. Frederique

    bonjour harmony et waou je ne savais pas qu\’il ecrivais aussi bien louis aragon merci pour ce beau moment de lecture passe une bonne fin d ejournee et aussi une tres bonne semaine gros bisous illyria http://www.imagup.info/images/03/1184590220_6gcjlu1.gif

    16 juillet 2007 à 14:31

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