La critique est aisée mais l'Art est difficile

« Le verrou » et « Le baiser à la dérobée »

 

 

"Le verrou"

 

 Pour le bicentenaire de la mort de Jean-Honoré Fragonard en 2006 LES ARTS lui ont consacré

plusieurs billets et albums photos, Harmony aime ce peintre, dessinateur doué, coloriste hors pair, 

oeuvrant  pour une clientèle de privilégiés qui affectionne les sujets galants 

et qui paye fort bien ses polissonneries. 

  Cet anniversaire n’a donné lieu en France, à aucune manifestation majeure,
 
et aucune grande exposition n’a été consacrée à cet artiste depuis vingt ans.
 
 
 
 
 
 
 
Le musée Jacquemart-André
 
 
 
 
a réparé cet oubli en présentant une centaine d’œuvres venues du monde entier.
 
L’exposition :
 
 "Les Plaisirs d’un siècle"
 
s’est déroulée du 3 octobre au 13 janvier 2008

 

 

 

 

 

 

Donc sur ce billet, pas de biographie de l’artiste qui a trancrit à merveille  le bel esprit

et les goûts de son temps : plaisirs galants, plaisirs champêtres mais aussi plaisirs littéraires et artistiques.

 La variété de sa touche picturale répond à la diversité des sujets qu’affectionnaient ses contemporains.

Fragonard est considéré comme le peintre de la frivolité, bien qu’il ait peint dans de nombreux autres registres :

 grands paysages inspirés de peintres hollandais, peintures religieuses ou mythologiques, notamment.

 

Jean Honoré Fragonard

5 avril 1732, Grasse – 22 août 1806, Paris

 

 

 

 

Petit rappel de l’anecdote qui orienta Fragonard vers le libertinage,

alors qu’après son retour de Rome, à peine âgé de  30 ans,

"la Pompadour", dont il était le favori, le poussait à suivre la voie officielle.

 

 

 

"M. de Saint-Julien,  grand amateur de sujets lestes, avait fait venir chez lui le peintre Gabriel Doyen,

alors très en vogue, et lui avait, lui montrant sa maîtresse,

 tenu des propos libidineux à propos du tableau qu’il souhaitait. 

Doyen, qui se voulait peintre d’histoire, prit assez mal l’offre et riposta :

 " Pour ce genre d’ouvrage, demandez plutôt à Fragonard,

il fait inlassablement voler les chemise."

Fragonard accepta de brosser en 1787 le fantasme de son commanditaire, avec :

Les hasards heureux de l’escarpolette. 

 

 

« Je désirerais que vous peignissiez Madame sur une escarpolette

 qu’un évêque mettrait en branle.

 Vous me placerez de façon, moi,

 que je sois à portée de voir les jambes de cette belle enfant et mieux même,

 si vous voulez égayer votre tableau. »

 

 

 

Arrêtez nous aujourd’hui sur "Le verrou" et "Le baiser à la dérobée"

 

"LE VERROU"

 

"Le verrou" peint vers 1777, Hauteur : 0,74 m, Largeur : 0,94 m, Musée du Louvre. 

"Sur la droite, un jeune homme enlace une jeune femme

et de la main droite pousse le verrou du bout du doigt, ce qui est assez irréaliste.

 La jeune femme serrée contre lui se pâme et le repousse.

Toute la partie gauche du tableau est occupée par un lit dans un extraordinaire désordre :

les oreillers épars, les draps défaits, le baldaquin qui pend…

Un spécialiste de Fragonard a eu cette formule admirable pour décrire le tableau :

"à droite le couple et à gauche rien (..)."

"Effectivement, il n’y a pas de sujet dans cette partie du tableau,

juste des drapés, des plis, donc finalement de la peinture.

En observant les oreillers du lit, on remarque que leurs bords sont anormalement dressés,

 comme des pointes vers le haut.

 En regardant dans la direction de ces pointes,

il voit que dans le baldaquin s’ouvre légèrement un tissu rouge,

avec une belle fente allant vers l’obscur.

Ce repli noir dans le tissu rouge peut cependant avoir du sens par rapport à ce qui va se passer, 

d’autant plus que le drap de lit qui fait l’angle

 au premier plan jouxte la robe de la jeune femme et est fait du même tissu que cette robe.

Si vous regardez bien cet angle c’est un genou.

Il apparaît donc que ce rien est l’objet du désir; il y a le genou, le sexe, les seins de la jeune femme,

et le grand morceau de velours rouge qui pend sur la gauche et qui repose de façon tout à fait surréaliste

sur une double boule très légère avec une grande tige de velours rouge qui monte."

Pour Daniel Arasse cela ne fait aucun doute, c’est une métaphore du sexe masculin

"Mais le critique d’art insiste bien aussi sur le fait

que tout ce qu’il peut dire de ce rien qui occupe la moitié du tableau,

 c’est que c’est un lit à baldaquin en désordre.

 S’il commence à nommer les choses alors son discours se teinte d’une vulgarité 

 qui ne correspond pas du tout au tableau.

Etre confronté à l’innommable est ce qui l’a passionné dans ce tableau.

 Nommer le lit comme genou, sexe, sein, sexe masculin dressé, est scandaleux,

 car c’est précisément ce que ne fait pas le tableau.

 Il ne le dit pas, ne le montre même pas, au spectateur de le voir ou non."

  Dès que les choses sont nommées, elles perdent cette qualité d’innommable de la peinture elle-même.

 

 

 

Détails

 

Le lit en désordre est théâtralisé par le grand rideau rouge,

 les amants semblent effectuer un joli pas de danse tandis que la chute prochaine

de la vertu est discrètement annoncée  par la présence d’une pomme

et d’une cruche renversée (à gauche dans l’ombre du rideau).

 

A ce propos, remarquez la belle diagonale qui relie la main du jeune homme poussant le verrou…

 au fruit défendu : la pomme.  

 

 

 

 

 

 

 

Détail des drapés 

Malgré les multiples analyses effectuées sur ce tableau (dont celle-ci),

il n’y a pas eu une explication concise mais plusieurs éventualités quant à sa signification.

 Le grand questionnement étant :

 s’agit-il d’un viol ou d’une scène d’amour ?

Une esquisse de taille réduite (26×32,5 cm) de ce tableau a été vendu chez Christie’s

 le 17 décembre 1999 pour la somme de 8,08 millions d’euros.

La version originale du Verrou a été acquise par le musée du Louvre en 1974.

 Elle fut conçue par le peintre comme pendant à

 

 

 

"l’Adoration des bergers" 

Sont ainsi opposés l’Amour sacré et l’Amour profane.

 

 

 

La réputation de Fragonard repose de manière exagérée sur ses tableaux dits "de boudoir",

 de jeunes femmes dénudées et des étreintes fougueuses.

On oublie qu’il fut aussi un peintre remarquable de sujets religieux.

 

  

Au Louvre : l’affaire du verrou

 

Janvier 1974, le département des peintures du musée du Louvre fait l’acquisition

 auprès du galériste parisien François Heim d’un tableau, peint par Jean-Honoré-Fragonard.

Une violente polémique éclate peu après dans la presse pour rappeler

que le même tableau était déjà passé en vente en mars 1969 sous le marteau de Me Maurice Rheims.

Il avait alors été adjugé pour la somme modique de 55 000 francs,

soit cent fois moins cher que le prix payé par le Louvre cinq ans plus tard.

 

  Source texte, Daniel Arasse, historien de l’Art

 

 

 

"Le Baiser à la dérobée"

 

   

   

   Cette oeuvre relève d’une collaboration entre Fragonard et Marguerite Gérard, son élève et belle-sœur
Huile sur toile – 45, 1 x 54, 8 cm – Saint-Pétersbourg, musée de l’Ermitage

  

Fragonard installe l’action de son tableau dans un boudoir attenant à un salon,

 que l’on aperçoit sur la droite et où se sont réunis des joueurs de cartes.

 Cette anti-chambre communique également avec un autre espace, peut être un corridor,

 par lequel le galant est arrivé.

En un mot, avec Le baiser à la dérobée, la coulisse est devenue un théâtre.

 

   

 

Le XVIIIe siècle raffolera de ce type de situations où s’élaborent les faux-fuyants,

 et d’où sourdent les quiproquos.

Paravents, rideaux levés et portes entre baillées marquent des espaces aux frontières changeantes.

 Ces trucs et trucages n’ont de cesse, évidemment,

 de favoriser les intrigues amoureuses où la contagion du

"plaisir et du trouble nous vaut des postures tendues, voire déséquilibrées.

Véritable entre-deux,

 la scène proprement dite se déploie en cette zone délimitée par deux portes

 dont on voit bien qu’elles débouchent sur des à-côtés qui sont autant de

 « "gisements de narrativité".

 Ces portes et les échappées qu’elles permettent restreignent

 d’autant la place accordée aux deux amants, mais donnent au peintre, en revanche,

 l’occasion de dire brillamment comment le désir sait tirer parti du moindre intervalle :

 alors que la jouvencelle se laisse embrasser, le pied du garçon, déjà,

mord sur la somptueuse mais bien encombrante robe.

La belle, qui s’est échappée du salon a dû prendre sur elle-même, à savoir

« remonter » en direction du jouvenceau, tandis qu’en aval (là où se trouvent les joueurs de cartes)

 le devoir social et ses convenances pèsent de tout leur poids.

 Faut-il voir, dès lors,

 dans ce tissu rayé que tire la fille l’expression du déroulement "réticent" de l’action arrivée,

malgré tout, à son terme ? Le mouvement des étoffes, le plissé du vêtement féminin,

 la torsion des rideaux, participe du léger désordre présidant à cette rencontre amoureuse.

 La gorge un rien découverte de la jeune fille,

 dont l’équivalent mobilier paraît se situer dans le fouillis de rubans

 (turquoise, blanc, noir et rose) qui s’échappe du tiroir,

 manifeste assez clairement le relâchement des protocoles,

 que les figures entr’aperçues du salon, quant à elles, ne sauraient souffrir.

 

 

 

 

"Le baiser à la dérobée" est une peinture de genre aux dimensions modestes,

 était-il destiné a fonctionner comme une sorte de programme ayant valeur propitiatoire ?

 On peut tenir en effet pour plausible que cette toile de commande fut peinte

 pour orner une pièce intime, où, à l’abri des regards indiscrets, l’amour pouvait se donner libre cours.

Curieusement et à la différence de la toile,

 le tondo accroché au mur du boudoir se présente comme un univers clos, sans aspérités.

Nous imaginons, qu’il s’agit là d’une de ces « bergeries » un peu mièvres fort en vogue a l’époque.

 Nous pouvons ainsi penser qu’au contraire de celui du tableau rond, rejeté dans l’ombre par le peintre,

 le monde de nos amoureux est traversé d’une fièvre autrement délicieuse.

Source texte Fresnault-Deruelle Pierre, professeur à l’Université Paris I

 

  

 

 

 

 

La réputation de Fragonard repose de manière exagérée sur ses tableaux dits "de boudoir",

 de jeunes femmes dénudées et des étreintes fougueuses.

On oublie qu’il fut aussi un peintre remarquable de sujets religieux,

de scènes de genre ou tout simplement de bonheur familial.

Il reste dans l’esprit du grand public le peint qui d’ 

un trait virtuose,

 savait montrer le tourbillonnement du monde, parmi lequel il évoluait,

 par des gestes expressifs et gracieux ou des drapés pleins de vigueur.

 

  

 

Fragonard est le dernier peintre d’une époque sur le déclin,

 ses scènes de genres seront bientôt rendues obsolètes

par la dureté néo-classique de David,

 par la cruauté de la Révolution et celle de l’Empire.

 

 

 

 A la fin du XIXème siècle, les célèbres critiques d’art Edmond et Jules de Goncourt redécouvrent Jean-Honoré Fragonard

sous un jour résolument romantique :

selon eux,

 « c’est le conteur libre, l’amoroso galant, païen,

 badin, de malice gauloise, de génie presque italien, d’esprit français ». 

 

 

 

 

 

 

 

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11 Réponses

  1. sophie

    Le "Baiser à la dérobée" fut peint il y a bien longtemps mais est animé pour moi maintenant…Il faut croire que ce genre de baisers et de pesanteur face aux convenances et déconvenances traverseront la nuit des temps.

    16 mai 2009 à 23:36

  2. Harmony

    Mamylouise .a écrit : Je sais pas de commentaire sous ce billet.Mais juste pour te dire merci de faire exister tes blogs.Tous sont macnifique et d\’une trés grnde richesse.De plus mes petits enfants t\’adore pour tes histoires.Merci Harmony , merci pour tout ce bonheur que tu nous offre .Bonne fête de fin d\’année et de la nouvelle aussi.Bizzzzz , amitiés , Mamylouise et tout sa famille.

    15 décembre 2008 à 15:51

  3. Harmony

    mireille la lionnea écrit : coucounon je ne t\’oublis pas !!mais tu sais en ce moment ce sont les marches de noel!!mais dedans car ec que je fais craint trop!!!!!!donc pas bien le temps!!je suis desolee !apres les fetes ça sera mieux!!!!!et puis mon compagnon est de nuit alors la journee,tout le temps dans mes pattes!!alors !!!grrrrrrrrrrrrrrrrbone journee et gros bisous!!mireille

    15 décembre 2008 à 15:40

  4. fAb'Créa

    Merci ma douce Harmony pour ce magnifique bouquet !et pour répondre à ton com, tu n\’as pas besoin de la technique,tu as bien plus que ça, le savoir, l\’amitié et le partage.J\’ai toujours plaisir à venir lire tes billets.Bon dimanche ma douceBisousssssssssssssss fAb

    14 décembre 2008 à 15:13

  5. francois

    bonjour nicole merci pour la visite et oui on cour toujours les jours passe tres vite .la lampe et la mais il faut attendre qui arrive les images sais long car sa brille beaucoup mdr.je te souhaite un bon dimanche bious francois.

    14 décembre 2008 à 10:34

  6. illyria

    bonjour ma douce je te souhaite de passer uen belle journee tres gros bisous illyria http://www.casimages.com/img.php?i=081213105219274017.gif

    13 décembre 2008 à 11:32

  7. fAb'Créa

    Bonne fin de semaine à toi aussi ma douce HarmonyGros bisousssssssssssssss fAb

    12 décembre 2008 à 16:04

  8. illyria

    bonjour harmony je te souhaite de passer uen belle journee gros bisous illyria http://www.casimages.com/img.php?i=081211123334266615.gif

    11 décembre 2008 à 12:47

  9. illyria

    bonjour harmony je te souhaite de passer uen belle journee gros kisss illyria http://www.casimages.com/img.php?i=081209094938251654.gif

    9 décembre 2008 à 10:04

  10. illyria

    bonjour ma douce je te souhaite de passer une belle semaine encore un sublime billet je ne le connais pas mais jadmire tes recherches pour nous le faire decouvrir gros bisous illyria http://www.casimages.com/img.php?i=081208111226284399.gif

    8 décembre 2008 à 11:17

  11. Cricri

    Bonjour ma tite NicoleTes billets sont tous plus beaux les uns que les autresMais oû vas tu chercher toute cette énergie?J\’espère que ton état de santé s\’améliore un peu ma belleJe te souhaite une très belle journée et te fais plein de gros bisousA bientôtAmicalementTon amie CRICRI

    8 décembre 2008 à 09:22

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